Langage des gestes et langue des signes
Avant d’aborder la terminologie de la voile en langue des signes russe, nous vous proposons de vous familiariser avec plusieurs notions qu’il est important de connaître et de distinguer.
Il arrive que des personnes voyant des sourds pensent qu’ils communiquent entre eux dans un « langage des gestes », mais ce n’est pas le cas. Le langage des gestes est le langage du corps propre à tous les êtres humains. Il comprend les postures, les mouvements du corps et les expressions du visage grâce auxquels nous pouvons transmettre des émotions, sans pouvoir exprimer pleinement une pensée. Les bras croisés sur la poitrine, le regard baissé ou le fait de passer d’un pied à l’autre relèvent tous du langage des gestes.
Les personnes sourdes, elles, utilisent la langue des signes pour communiquer — une langue naturelle qui permet, comme toute langue, d’exprimer n’importe quelle pensée. Les langues des signes varient d’un pays à l’autre. En Russie, on utilise la langue des signes russe (LSR). Comme les autres langues des signes, la LSR constitue un système linguistique autonome et une langue à part entière. Son lexique est composé de signes. Chaque signe comprend à son tour cinq composantes. Vous trouverez plus bas davantage d’explications à leur sujet.
La langue des signes est utilisée non seulement par les personnes sourdes et malentendantes, mais aussi par les parents entendants d’enfants sourds, les enfants entendants de parents sourds (CODA — child of Deaf adults), les interprètes en langue des signes et par toutes les personnes qui rencontrent des sourds dans leur travail et souhaitent se rapprocher au plus près de leur culture et être comprises.
La langue des signes évolue et se transforme en permanence ; son lexique s’enrichit de différentes manières, par exemple par l’emprunt à d’autres langues des signes ou par la création de nouveaux signes.
Pendant longtemps, dans de nombreux pays, la langue des signes ne s’est développée qu’au niveau de la vie quotidienne : elle n’était pas enseignée dans l’enseignement supérieur, les interprètes n’étaient pas toujours disponibles, et les notions correspondant à des domaines spécialisés faisaient souvent défaut. Aujourd’hui, cependant, les possibilités d’enrichir la langue se multiplient grâce au développement de l’accessibilité dans différents domaines.
L’iconicité en langue des signes
L’iconicité est le phénomène par lequel la forme d’un signe rappelle la forme ou les propriétés de l’objet réel ou de l’action qu’il désigne. Autrement dit, dans de nombreux signes, il existe une ressemblance non fortuite entre une partie du référent, ou d’un concept qui lui est lié, et une partie du signe. Cette propriété est appelée motivation iconique d’un ou de plusieurs paramètres du signe.
L’iconicité joue un rôle important dans la formation de nouveaux signes et dans l’enrichissement du lexique de la langue des signes. Beaucoup de signes ont une origine transparente : par exemple, le signe « LIVRE » en LSR se réalise par un mouvement des mains rappelant l’ouverture d’un livre, tandis que le signe « ÉCRIRE » rappelle l’action d’écrire avec un stylo sur du papier.
Cela dit, tous les signes ne sont pas iconiques. Au cours de l’évolution de la langue, l’iconicité initiale d’un signe peut se perdre et le signe devient alors conventionnel, perçu sans lien direct avec sa forme d’origine.
Terminologie : formation, usage et transformations
La terminologie en langue des signes se forme de différentes manières : par emprunt à d’autres langues des signes, par calque de la langue orale, ainsi que par la création de nouveaux signes, notamment à partir du principe d’iconicité.
Dans ce dictionnaire, les signes désignant les allures par rapport au vent ont été empruntés à la langue des signes polonaise ; tous les autres ont été créés selon le principe d’iconicité au cours des cours et des entraînements. Les signes reprennent la forme du bateau, de son gréement, l’angle du vent par rapport au bateau ainsi que les actions réalisées à bord.
Lors de la création de cette terminologie, une attention particulière a été portée aux conditions concrètes d’utilisation des signes. Pour des raisons de sécurité et de commodité, les signes employés directement sur le bateau sont exécutés d’une seule main et non de deux. Ce facteur a été pris en compte dans l’élaboration des nouveaux termes, ce qui les rend plus fonctionnels et plus accessibles dans le contexte de la voile.
La création d’une terminologie spécialisée est un processus important qui contribue au développement de la langue des signes et à son adaptation à de nouveaux domaines d’activité. Dans les champs scientifique, technique et sportif, l’apparition de nouveaux termes rend possible une communication plus précise et plus efficace au sein de la communauté sourde.
Ce dictionnaire ne cherche pas à imposer des termes ; il propose simplement des variantes qui pourront ensuite être modifiées ou complétées par les locuteurs natifs. La langue des signes est un système vivant, et sa terminologie évolue naturellement en reflétant les besoins de la communauté. Ainsi, beaucoup de signes présentés ici ont déjà changé, et leurs formes initiales diffèrent de celles qui sont aujourd’hui utilisées lors des cours de voile. Cela s’explique par le principe d’économie, propre à toute langue, qui traduit une tendance à la simplification et à la réduction des efforts.
Composantes du signe
Pour réaliser correctement en LSR les termes présentés dans ce dictionnaire et comprendre les descriptions placées à côté des illustrations, voici un rappel de ce qui constitue chaque signe de la LSR et de ce qu’il faut garder à l’esprit lors de son exécution. Un signe comprend cinq composantes :
- Configuration correspond à la forme de la main. En langue des signes russe, une configuration peut correspondre à une lettre de l’alphabet dactylologique, à un chiffre ou avoir une forme propre. Par exemple, la configuration « А » est un poing fermé, tandis que la configuration « В » est une paume ouverte avec les doigts tendus et serrés. La configuration « 1 » signifie que quatre doigts sont joints et que l’index est tendu, tandis que la configuration « 5 » signifie que tous les doigts sont tendus et ne se touchent pas. Il existe aussi des configurations qui ne correspondent ni à des lettres ni à des chiffres. Les combinaisons possibles des doigts sont nombreuses et variées.
- Orientation est la position de la paume dans l’espace par rapport au corps du signant, ainsi que la position des mains l’une par rapport à l’autre. Les signes peuvent être réalisés d’une seule main ou de deux mains. Dans les signes à une main, la paume peut être tournée vers le bas, vers le haut, vers la droite, vers la gauche, ou encore placée de profil vers le corps. Dans les signes à deux mains, les paumes peuvent être tournées l’une vers l’autre, être parallèles, se toucher, etc.
- Lieu d’articulation est la zone dans laquelle le signe est produit. Un signe peut être réalisé au niveau de la tête, du corps ou dans l’espace neutre devant soi, à hauteur de la tête ou du torse.
- Mouvement est le déplacement de la main d’un endroit à un autre. Lorsqu’on déplace la main, il faut prêter attention à la direction, par exemple dans un plan vertical ou horizontal, ainsi qu’au caractère du mouvement : droit, en arc, fluide, brusque, etc.
- Composante non manuelle comprend les mouvements de la tête et du corps, les expressions du visage et l’articulation. Dans le cas des termes, il faut surtout penser à l’articulation, c’est-à-dire au fait de former silencieusement le mot russe correspondant pendant l’exécution du signe.
Conclusion
Le développement de la langue des signes, y compris de sa terminologie, est un processus naturel lié aux transformations de la société, au progrès technologique et à l’intégration des personnes sourdes dans différents domaines de la vie. Les termes proposés dans ce dictionnaire font partie de ce processus, et leur usage ainsi que leur adaptation ultérieurs seront déterminés par les locuteurs natifs eux-mêmes. Grâce à cela, la langue des signes continuera à se développer et à devenir un outil de communication plus riche et plus fonctionnel.